Appel à projets 2026
Partout dans le monde, les milieux naturels, constitués d’assemblages entre des êtres vivants et leur environnement, connaissent des transformations accélérées et radicales. La globalisation des activités humaines, responsable des bouleversements climatiques, de la fragmentation des habitats et de pollutions sans précédent entraînent des transformations rapides et profondes des écosystèmes : déplacements d’espèces, recomposition des communautés écologiques. Dans ce contexte, les catégories utilisées pour décrire le vivant, espèces « indigènes », « invasives », « sauvages », « domestiques » se révèlent souvent insuffisantes pour saisir la complexité des dynamiques en cours. Leurs limites sont mouvantes et mal assurées, et leur compréhension peut varier selon les régions ou les acteurs concernés.
Diverses pensées relevant des sciences sociales ont réinvesti les notions d’« hybridité » (B. Latour) ou de « féralité » (A. Tsing) avec une dimension heuristique et politique renouvelée. Dans les sciences biologiques, l’accumulation récente de données génomiques montre que l’hybridation entre espèces, longtemps perçue comme un phénomène marginal, est en réalité fréquente.
Pourtant, si elle a contribué à façonner l’histoire évolutive de nombreuses lignées, son interprétation demeure sujette à controverse, entre enjeux sociétaux, économiques et politiques. Les débats sur la conservation des hybrides, la gestion des espèces dites invasives ou encore la définition des espèces « naturelles » révèlent combien les classifications reposent sur des choix culturels et des cadres conceptuels historiquement construits.
L’objectif de ce projet est d’interroger les catégories mobilisées pour penser la diversité du vivant, catégories héritées et sans cesse reconstruites, et d’examiner leurs limites conceptuelles, pratiques et culturelles face aux réalités écologiques contemporaines. Il pourrait en découler des logiques et des choix de gestion des milieux différents, qui seraient mieux à même de faire face aux défis de notre temps et aux nécessités du développement durable.
L’équipe projet propose de mener cette réflexion à travers une série de rencontres internationales pluridisciplinaires, mêlant les approches des sciences humaines et sociales et des sciences exactes. Elle s’appuiera sur les changements, au cours du temps, des classifications établies par différentes sociétés pour organiser les pensées sur le vivant et sur leur pertinence au regard des connaissances biologiques actuelles. Au-delà de la dimension temporelle, le projet comparera deux espaces : l’Europe de l’Ouest réputée marquée par une forte anthropisation de longue durée et par des réintroductions ou retours récents d’espèces, et l’Amérique du Nord où une plus grande continuité des espaces naturels et une persistance accrue de certaines espèces auraient été favorisées.
Équipe projet :
Chloé Deligne, Université libre de Bruxelles
Philippe Genequand, Université de Montréal
Nicolas Schroeder, Université libre de Bruxelles
Mathias Currat, Université de Genève
